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dimanche 26 février 2012

Aborder la diversité sexuelle à l'école

Une campagne publique d'affichage pour prévenir l'homophobie débutera le mardi 28 février 2012 à Genève . A cette occasion, l'UNIGE et le DIP ont choisi un invité prestigieux et pionnier: Kevin Jennings, ancien vice-ministre adjoint de l'administration Obama et fondateur du GLSEN (Gay, Lesbian and Straight Education Network), qui donnera une conférence sur la manière d'aborder la diversité sexuelle à l'école, le 28 février à Uni Dufour.
Le Département de l'Instruction publique, de la culture et du sport (DIP) du canton de Genève et le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC) du canton de Vaud, avaient organisé un concours en novembre 2010 réservé aux jeunes de 16 à 25 ans de toute la Suisse romande. Outre l'affichage de la création lauréate et la venue de Kevin Jennings, pionnier de cette cause dans l'administration américaine, la campagne comprend l'exposition itinérante Stop homophobie composée de 19 créations propices aux discussions constructives permettant de briser le mur du silence qui enferme encore souvent les victimes d'homophobie.
Par cette affiche, l’étudiant de la HEAD, 24 ans « a voulu casser l’image que les gens ont, et faire passer un message de tolérance. Et surtout remettre le vrai sentiment d’amour en avant, ce qui est trop souvent oublié et occulté.» Son slogan, sa mise en valeur sobre et puissante, exprime ce crédo avec efficacité: "ce ne sont que deux être humains qui s'aiment". L'engagement de l'école contre toutes les formes de discrimination passe notamment par cette valorisation du sentiment d'amour universel, au-delà des mises à l'écart, des moqueries et des sarcasmes dont sont encore souvent victimes les jeunes LGBT.
En complément à cette campagne, le site Internet www.mosaic-info.ch permet d'aborder les thèmes de la diversité et propose des ressources pour accompagner les élèves. Ce site permet aussi aux jeunes de trouver des informations ciblées et les adresses de lieux de parole et d'écoute via la nouvelle plateforme d'information www.mosaic-jeunes.ch.
La diffusion de cette affiche ainsi que la tournée de l'exposition itinérante annonce le début d'une dynamique qui s'inscrit dans le cadre, plus large, de la fructueuse collaboration Genève-Vaud visant à promouvoir des actions de prévention et d'information à destination des milieux éducatifs. Les deux cantons ont engagé en automne 2010, une attachée aux questions d'homophobie et de diversité chargée de mettre en œuvre un programme de sensibilisation en milieu scolaire. Cette dynamique de prévention de l'homophobie en milieu scolaire avait été initiée par La Fédération genevoise des associations LGBT (lesbiennes, gay, bi, trans) avec notamment les premières Assises contre l’homophobie qui se sont tenues en septembre 2009.

http://www.los.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=192%3Aconference-uni-geneve&catid=6%3Atop-aktuell&Itemid=1&lang=de

jeudi 30 juin 2011

Sherry Rehman, la femme à sauver

Sherry Rehman fait partie de ces femmes qui font avancer les choses au péril de leur vie, ancien ministre de l'information au Pakistan, elle est aujourd'hui menacée de mort et vit sous haute protection dans son pays pour avoir oser s'éléver contre des codes et des lois caduques et avilissants. Elle n'est pas lesbienne, mais ce blog n'est pas anti-mec, ou anti-hétéro, elle est de celles dont l'intelligence et le courage sont des exemples, elle est de celles qui ouvrent les portes, enfoncent les cadres et font avancer les choses

Figure publique elle est, figure publique elle demeure. C’est donc à son domicile privé, à Karachi, que la parlementaire libérale du Pakistan Peoples Party (PPP), le parti de feu Benazir Bhutto, sa grande complice, que Sherry Rehman, 50 ans, ancienne ministre fédérale de l’Information, reçoit le JDD. Trois camions remplis de soldats sont garés devant la maison. Des sacs de sable ont été empilés depuis quelques jours devant la façade et un militaire, mitraillette au poing, est posté là en permanence. Une fois la porte franchie, après moult vérifications d’identité, des hommes en armes vous montrent le chemin.

Dans le jardin, un berger allemand à l’allure féroce et un chérubin sculpté attendent les visiteurs. La demeure, crépusculaire malgré ses murs d’un jaune pimpant, abrite des trésors artistiques et des pièces curieuses dont on devine qu’un jour, autrefois, elles ont dû servir. Une demeure mystérieuse repliée sur ellemême, comme si le temps suspendu et altéré peinait à trouver sa place, un peu à l’image du pays.
Sherry Rehman pourrait bien être la troisième de la liste. Elle le sait. La troisième d’un trio qui a décidé en janvier dernier d’amender la loi sur le blasphème, instaurée en 1986 par le général Zia ul-Haq, et qui prévoit la peine de mort. Une hérésie en terre d’islam. Le gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, a été le premier à tomber sous les balles d’un policier chargé de le protéger, il y a deux mois. Mercredi, le ministre chrétien des Minorités religieuses, Shahbaz Bhatti, est mort à son tour, assassiné par des hommes à moto, au coeur d’un quartier huppé de la capitale, Islamabad. Double message: il n’y aura désormais plus personne à qui faire confiance ni d’endroit où se sentir à l’abri. "Je ne suis nulle part ailleurs qu’au Pakistan, balaie, joliment agacée, Sherry Rehman. Certes je voyage un peu à l’étranger, mais pas plus d’une fois tous les deux mois. Je n’habite pas en dehors du pays, comme peuvent le raconter les rumeurs. Je me rends régulièrement à Islamabad pour les sessions parlementaires. Mais je fais très attention, comme me l’a conseillé le ministre des Affaires intérieures."

"Il n’y a pas d’ennemi extérieur. Il est ici chez nous, il est nous"

Sait-elle, au moment où elle se saisit lentement de son paquet de cigarettes françaises, que ce geste banal fait précisément le tour du Net en ce moment? Que cette fumée qu’elle va inhaler dans quelques secondes signe, aux yeux du pays, une attitude jugée décadente, car occidentale? Sans doute, avec plus de 150 menaces de mort reçues chaque jour par e-mail. Courageuse et brave selon certains, "takfir" ("infidèle") et idiote pour d’autres, Sherry Rehman focalise la colère d’une partie du peuple pakistanais. "Si pour défendre le droit du peuple et le droit des minorités, il faut en appeler au courage, je le ferai. Même si je trouve triste que le pays en soit arrivé là. Mon mari ne m’a pas dit autre chose: “Tu ne dois pas céder, tu ne dois pas reculer”, m’at-il répété."
Reculer, n’est ce pas justement ce que son propre parti, le PPP, n’a cessé de faire… Il a d’abord évité le sujet ces dernières années, alors que des dizaines de personnes poursuivies pour blasphème sont mortes assassinées, au cours de leur procès, en prison ou en retournant chez elles. Mais le cas d’une paysanne chrétienne, Asia Bibi, a enflammé le monde occidental et poussé les politiciens pakistanais à se mettre à couvert. Taseer, Bhatti et Rehman, s’y refusant, se sont emparés du dossier. Aujourd’hui, Sherry Rehman se garde bien d’accabler son propre parti et préfère charger l’ex-président, Pervez Moucharraf. "Je ne suis pas surprise de ce qui arrive. C’est la conséquence directe de tout ce qu’ont fait, ou pas fait, les dictateurs qui ont dirigé notre pays. Ils ont laissé la place aux mouvements religieux. Mais ces gens n’ont rien à proposer, ils n’ont pas de machine politique assise sur une vraie base électorale. Et la seule fois où ils ont eu le pouvoir, ce fut un désastre."
Les religieux restent à l’écart des institutions politiques. Mais ils trustent la rue. Et la pauvre Sherry Rehman en fait les frais. Plus de 40.000 furieux se sont rassemblés le 30 janvier à Lahore pour protester contre la tentative d’amender la loi sur le blasphème, après qu’elle fut apparue à la télévision pour en parler. "Nous sommes en guerre, soufflet-elle presque malgré elle. Il n’y a pas d’ennemi extérieur. Il est ici chez nous, il est nous."
Il est notamment de l’autre côté de la jolie demeure de la très libérale Sherry Rehman. Lui aussi est protégé par la police. Mais lui ne se dissimule pas, il se soustrait seulement au regard des curieux. Il se préserve pour un au-delà que bon nombre de ses pairs ont atteint pendant la guerre contre les Soviétiques, à la fin des années 1980. Nous sommes à la madrasa de la Jamiatul-Ulomil-Islamiyyah. Tous les plus grands djihadistes sont passés par là. Le mollah Omar en personne y a un fait un long séjour. Mais depuis 2001, la madrasa, sous l’oeil aiguisé des "services" et de l’État, s’était racheté une conduite.
Il aura suffi d’une étincelle, d’un faux pas de "l’ennemi" pour que les mollahs de la madrasa sortent du bois, jusqu’à faire alliance avec ceux qu’ils détestent. Ce fut la démonstration de force du 30 janvier, avec la création d’un nouveau mouvement, le Tehreek Namoos e-Risalat, qui englobe sous cette nouvelle bannière sept mouvements religieux, partis légaux ou non, sectes chiites, hanefites ou déobandis. "Cette tentative d’amendement n’a pas été choquante seulement pour moi, souligne le vice-président de la madrasa, Abdul Razaq, mais pour toute notre oumma. Cette femme n’a aucune autorité en matière de constitution et de charia. Ce qu’elle a tenté de faire est-il stupide ? Non, disons plutôt dénué de sens."
Une faute que les religieux de tout poil ont saisie. "Cette affaire, explique le professeur de relations internationales Naheem Hamad, c’est du jamais-vu. Les partis religieux ont étouffé leurs différences. Ils ont certes des agendas différents, certains émanent d’Al-Qaida, mais ils ont trouvé un terrain d’entente provisoire." La société pakistanaise serait ainsi devenue "surreligieuse", n’en déplaise aux libéraux ou à l’élite que le politologue considère coupée de la réalité du peuple. Cet armistice religieux devient donc très dangereux. Et s’il y a bien une chose que les islamistes maîtrisent à merveille, c’est de donner du temps au temps. "J’ai dit pendant longtemps que jamais le Pakistan ne deviendrait une république islamique comme en Iran. Mais, aujourd’hui, je suis moins affirmative", poursuit Sherry Rehman, troublée".